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Corinne

3 Commentaires

Pour débuter, voilà une ancienne nouvelle que j’affectionne. Un personnage pas très attrayant que vous avez peut-être déjà croisé…

Corinne est une femme aigrie. Elle a trente huit ans, un mariage raté, deux enfants _ ratés aussi_ et un bon paquet de kilos en trop. Quant à son mari n’en parlons pas, dans le genre bibelot inutile qui prend la poussière à fore d’inertie on ne fait pas mieux ! Quand elle l’a rencontré elle pensait avoir touché le gros lot. A vingt-deux ans cette jeune vierge effarouchée se faisait accoster, enfin, par un mâle de son espèce. Miracle. Il avait vingt-huit ans, un boulot et des tas d’amis. En gros c’était son opposé. Elle, que certains surnommaient Rémi a cause de son manque d’ami _ normalement c’est « Rémi sans famille » mais « sans ami » ça marche aussi_ avait enfin l’opportunité de s’ouvrir au monde. Du moins, c’est ce qu’elle croyait.

***

Mais commençons par le commencement, par leur rencontre.
Elle était dans le rayon sucreries d’Auchan, en train de choisir entre chocolat noir aux amandes et chocolat blanc à la noix de coco lorsqu’il lui rentra dedans avec son caddie. Oups quel hasard ! Ce qu’elle ne savait pas c’est que, un rayon derrière, une bande de trois types se marraient bien en regardant leur pote effectuer un pari débile. C’est donc avec un grand sourire qu’il s’est excusé puis présenté. Jean avait de petits yeux noisette marqués par des prémices de pattes d’oies, indices d’une certaine expérience de la vie pensa-t-elle. Ce qu’il lui parut sexy ! Ce petit brun légèrement rondouillard avait l’air si sûr de lui. Elle aurait aimé donner la même impression mais au lieu de ça, elle bégaya un « mmmoi c’est euh c’est euh Co-Corinne ». Les quelques secondes pendant lesquelles elle émit cette phrase lui parurent une éternité. Une éternité pendant laquelle elle se sentait pathétique tellement elle était troublée. Comme si c’était la première fois qu’un homme lui adressait la parole. Il y a des filles à qui ça arrive tout le temps ; et est-ce qu’elles bégayent elles ? Non. La réponse est non. Mais pour Corinne c’était différent, c’était effectivement la première fois qu’un homme semblait s’intéresser à elle. Alors, après quelques regards gênés, du feu dans les joues et une envolée de deux cents papillons dans son ventre et dans sa tête, elle accepta de le revoir.

Le jeu du jeune homme continua ainsi pendant plusieurs mois. A chacune de leurs sorties ses amis se trouvaient à quelques pas pour observer la scène en rigolant et en pariant sur le nombre de gloussements que Corinne pourrait bien émettre.
Puis est arrivé le soir où elle a accepté d’aller voir à quoi ressemblait sa garçonnière. Il pensait ne pas avoir à se protéger puisqu’elle était vierge. Et cette idiote, en plus de n’avoir jamais vu le loup, elle n’avait jamais entendu parlé de capotes. Quelle aubaine ! Qui plus est, le fait de pénétrer une vierge l’excitait au plus haut point. Peu importe qu’elle fut moche et un peu neu-neu. Elle était vierge et il allait la troncher. Depuis le temps qu’il la travaillait au corps, il l’avait bien mérité. Il allait enfin gagner son pari.
Et ça pour le gagner, il l’a gagné ! Ce qu’il n’avait pas prévu par contre, c’était l’extrême fertilité de ses spermatozoïdes.
Elle était amoureuse et heureuse de porter le fruit de son premier amour. Il était écoeuré et poussé par une famille puritaine et une fierté mal placée.
Alors ils se marièrent.

Dix mois plus tard naquit Guillaume. Un bon gros poupon. Le petit ange tenait beaucoup de sa mère, il avait hérité de son physique ingrat : un petit nez, de petits yeux et une petite bouche cernée par deux énormes joues, sans oublier un menton fuyant quoique peut être normal si ses joues n’avaient pas été si … grosses ! Le pauvre gamin ne pouvait même pas baisser les bras, on aurait dit un mixte entre une étoile de mer et le bonhomme Michelin. Son père n’était pas en reste, le petit avait de lui la couleur des yeux et les cheveux. D’ailleurs, plus Guillaume en avait plus Jean en perdait, sorte de passation des biens qui horripilait Jean. Bien qu’il ne veuille pas le reconnaître, Guillaume avait aussi hérité de son sale caractère. Voyant son père mépriser sa mère, et cette dernière répondre aux moindres désirs du vieux, pourquoi en aurait-il fait autrement ? Ca a commencé par des crises de larmes au moindre refus, puis lorsqu’il a marché à quatre pattes il s’étalait par terre en tapant des pieds et des poings_ mais pas trop longtemps parce que c’était fatiguant et en plus Corinne rappliquait vite alors… Corinne pensait qu’il finirait bien par se calmer, après tout tous les gamins testent leurs parents avant de comprendre qu’il y a des limites à ne pas dépasser. Oui mais tous les gamins n’ont pas Corinne et Jean pour parents, et Guillaume lui ne comprenait pas grand-chose.

Enfin, au bout de deux ans, et sans aucune raison, Corinne bénéficia d’un moment d’accalmie. Le mioche semblait résolu à laisser sa mère dormir la nuit. Il était temps. Enfin elle pourrait prendre son temps pendant leur câlin hebdomadaire, ils ne seraient plus interrompus par des hurlements et n’auront plus à l’expédier en deux minutes chrono. D’accord avant ça n’avait jamais duré bien longtemps mais c’était quand même plus long et puis elle était moins fatiguée alors elle était aussi plus vite excitée. Et puis il avait toujours beaucoup de charme cet homme qu’elle avait épousé, non ? Elle était convaincue qu’avec un peu de sommeil et des minutes supplémentaires tout allait s’arranger. Le temps était la panacée, sa panacée.
Mais ce qu’elle n’avait pas envisagé, c’est que Jean lui était très satisfait de ses deux minutes. Un petit passage aux w.c. pour se motiver devant un calendrier du genre « spécial gros nénés » et hop hop hop l’affaire était jouée et les tensions de la semaine expulsées. Du coup, il lui fallu recourir à mille et une astuces pour que son fainéant de mari atteigne les dix minutes. Premièrement, commencer par changer de jour, l’effet de surprise pouvait avoir du bon_ sauf quand ça tombait un soir où il y avait du foot à la télé, là mieux valait la boucler, elle s’en est vite rendu compte. Deuxièmement, lui préparer un bon plat mais pas trop lourd, sinon il risquait de s’endormir_ n.b. ne plus lui cuisiner de cassoulet ces soirs-là pour cause d’odeurs dérangeantes pendant l’action et de sommeil, pendant l’action aussi ! Troisièmement, inventer de gros problèmes de plomberie qui bloqueraient l’accès aux toilettes ou encore faire manger le reste des fayots à Guillaume ou une bonne compote pour qu’il empeste les toilettes avant d’aller au lit _ attention, pas les deux en même temps sinon, elle passait sa nuit auprès de lui à l’écouter geindre qu’il avait mal au ventre. Quatrièmement, l’échauffer en lui mettant un porno de lesbiennes dans la chambre à coucher. Dernièrement, s’échauffer, toute seule…

Tout ça n’a pas duré bien longtemps. A peine avait-elle enfin trouvé le mode d’emploi pour obtenir ses dix minutes que paffe, elle retombait en cloque !
Si ça c’était pas une autre preuve irréfutable de leur compatibilité ! Elle aurait mis sa main à couper que c’était un signe de leur complémentarité. Ils étaient faits pour vivre ensemble, s’aimer et procréer. Comment avait-elle pu douter de ses sentiments envers lui ? C’est vrai qu’il n’était plus tellement beau, que le recours à l’imagination d’un apollon était devenu nécessaire pour qu’elle s’échauffe. Mais quoi de plus normal après tout, tout le monde devait faire ça au bout de plusieurs années de vie commune. Maintenant tout allait changer de toute façon, tout allait encore changer mais pour de vrai cette fois. Elle le savait, ils étaient bel et bien faits l’un pour l’autre. C’était un signe du destin et le destin ne se trompait pas.

Ou alors rarement peut-être.

En tout cas, là il s’était planté.
Et voilà que c’était reparti de plus belle. Charlotte était née, le sosie blond de son frère autant vous dire que c’était pas un modèle de beauté. Beaucoup de gens croient que tous les bébés sont beaux ou que s’ils ne sont pas beaux, ils sont au moins mignons parce que ce sont des bébés et que tous les bébés sont mignons. Mais ils se gourent ! Les bébés moches ça existent, et Charlotte était un bébé moche, du genre contraceptif pour toute personne qui l’aurait vue. Et la pauvre cumulait les tares. Elle suivait trait pour trait le chemin de son frère. Les larmes, les crises, les nuits blanches. Et tout ça mêlé aux crises de Guillaume qui reprenaient pour cause de jalousie extrême. C’est pas cette petite chose hideuse qui allait lui prendre sa place de premier chieur quand même ! Il n’allait pas se laisser faire.
Quant à Jean, il était toujours aussi inerte, toujours aussi bibelot.
Quant à Corinne, elle était toujours aussi cruche, encore plus fatiguée.

***

Les années passèrent. Les enfants grandirent. Guillaume eut quinze ans. Charlotte eut treize ans. Jean eut quarante quatre ans. Aujourd’hui Corinne fête ses trente huit ans.

Levée six heures et quart. « Faites qu’ils m’aient préparé mon petit déjeuner, faites qu’ils y aient pensé. » Bon, bah, la cuisine est vide.
Petit déjeuner pris à la va vite car il faut préparer le petit déjeuner des autres avant qu’ils n’arrivent. Ensuite une bonne douche rapide aussi, il y a du boulot pour cacher la fatigue accumulée et Charlotte est coquette, elle aime passer beaucoup de temps dans la salle de bain, seule. De toute façon, il faut se dépêcher, le bus est à sept heures trente huit. « Tiens trente huit comme moi ! Les coïncidences, c’est dingue parfois ! »
C’est le moment de partir au travail. « Ils préparent quelque chose, je le sens. Ils doivent se cacher dans la cuisine et ils vont me sauter dessus en criant JOYEUX ANNIVERSAIRE MAMAN, JOYEUSE ANNIVERSAIRE MON AMOUR ! »
Corinne :     – Bonjour mes chéris
Guillaume :  – B’jour m’man
Charlotte :   – Ouais
Jean :          – Salut, pense à acheter du café ce midi y’en a plus.
Corinne :     – Bon bah à ce soir…
« C’est pour ce soir. »

Arrivée au boulot. « Je hais ce travail de caissière mais au moins je suis sur le lieu de mon premier coup de foudre, de mon seul coup de foudre… Et puis il y a Rosie, elle a pensé à moi Rosie, elle m’a même offert deux tablettes de chocolat. Une au chocolat noir aux amandes et une au chocolat blanc à la noix de coco. Elle connaît l’histoire, je la lui ai racontée plusieurs fois. Je crois qu’elle m’envie. »
Encore une journée de travail de passée. « Les clients sont des ingrats, des pas polis ! Ils veulent que je sois aimable et souriante mais ils ne se sont pas vus. Tous plus exigeants les uns que les autres. J’en ai marre de voir leurs têtes. Heureusement qu’il y a Rosie, elle c’est pire, pauv’ fille. Et puis, ce soir il y a ma fête surprise. Il va falloir que je fasse semblant de n’avoir rien deviné. Je vais m’entraîner à faire semblant dans le bus. »

Enfin, enfin à la maison. Juste une petite touche de rouge à lèvre avant de passer la porte. « On ne sait jamais, ils ont peut-être invité les voisins ou mes parents, ou alors Rosie, elle est partie plus tôt ce soir. Ça y est, je suis prête. »
Corinne :      – Youhou ! Les enfants ! Chéri ! C’est maman, je suis rentrée !!!
Guillaume :   – Ouais c’est bon !
Charlotte :    – Pas la peine de crier, on a compris !
Guillaume :   – On sait que t’es là, c’est bon !
Jean :           – Corinne, t’es gentille tu prépares la bouffe, j’ai les crocs. Et fais vite s’te plaît j’ai eu une longue journée et y’a un match dans une heure.

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3 réflexions sur “Corinne

  1. je l’avais déjà lu en avant première mais j’ai eu envie de la relire et je trouve ça toujours magnifiquement moche quand même!!! La pauvre!!! une autre une autre…
    bizouille elise.

    • de nombreux clichés de mocheté reunis, pour faire le maheur non percu d’une seule et meme personne…. mais est ce vraiment reel que dans ta nouvelle ??? je ne suis pas sur !!
      sinon, petite faite dans les ages entre le debut (6 ans) et la fin (2 ans) …. mais bon.
      continue ….
      bisou

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